Neuf années de rebondissements, des noms prestigieux, des sièges faussement royaux et au final… des peines qui laissent un goût amer au château de Versailles. Retour sur un procès hors norme où les vrais meubles ont croisé de très habiles faussaires, sous l’œil désabusé d’une institution qui se sent aujourd’hui plus vulnérable que jamais.
L’affaire des faux meubles à Versailles : des peines en trompe-l’œil
Après près d’une décennie d’attente et un procès retentissant devant le tribunal correctionnel de Pontoise, le verdict est tombé. Bill Pallot, l’expert célébré que l’on surnommait « Le Père La chaise », a écopé de quatre ans de prison, dont seulement quatre mois ferme… qu’il a déjà purgés en détention provisoire en 2016. Son complice, Bruno Desnoues, menuisier réputé du faubourg Saint-Antoine, sacré meilleur ouvrier de France et ancien collaborateur de Versailles (comble de l’ironie), s’en tire avec trois ans, dont quatre mois ferme également. Tous deux resteront donc hors des barreaux. Quant à la très chic galerie Kraemer, accusée de contrôles trop légers, elle est purement et simplement relaxée.
Outre la prison, Bill Pallot écope de 200 000 euros d’amende et, coup dur, d’une interdiction pendant cinq ans d’exercer la moindre fonction d’expert. Voilà qui n’arrange guère ses affaires quand on doit déjà une ardoise fiscale de 1,75 million d’euros, en voie de régularisation à 80%. À noter, la saisie de son appartement du huitième arrondissement de Paris, un temps dans la ligne de mire du procureur, a finalement été levée. Même soulagement pour un couple portugais qui blanchissait de l’argent pour Desnoues : leur maison n’a pas été confisquée.
Le château de Versailles dépité et inquiet
Coté Versailles, la pilule a du mal à passer. Maître Corinne Hershkovitch, avocate du château, ne cache pas sa déception : « La sanction n’est pas très sévère… Finalement quand on est pris la main dans le sac, on n’est pas condamné à très cher. » Pour elle, le retentissement du scandale et l’atteinte portée à l’image du « joyau unique de l’État » auraient mérité des sanctions exemplaires. Cela lui apparaît même comme un mauvais signal pour l’avenir :
- Absence de réelle prison ferme pour les principaux accusés
- Confiscations minimales
- Institution nationale qui se sent peu protégée
« Ça pourrait un jour recommencer » conclut-elle, laconique, estimant que les faux reviendront toujours hanter musées et antiquaires.
Responsabilités partagées et marché pas si assaini
Le tribunal n’a pas oublié de pointer du doigt les failles de Versailles lui-même, condamné à partager les intérêts civils avec Pallot et Desnoues. L’institution avait déjà été épinglée pour « graves manquements » dans un rapport ministériel de 2017, l’image sérieusement écornée. En salle, Pallot n’a pas hésité à évoquer « la négligence, voire l’incompétence des conservateurs du Château ».
Pour le marché de l’art, pas de quoi sabrer le champagne. Les copies sont confisquées et déposées à la direction générale des patrimoines : c’est bien le seul point positif d’après l’avocate du château. Le duo des faussaires a tout de même touché près de 1,2 million d’euros de commissions… somme qui ne fait pas rêver face aux marges parfois écrasantes des antiquaires et maisons de vente qui ont revendu ces faux trônant aujourd’hui dans bien des salons !
Bill Pallot, un brin soulagé que son appartement ne soit pas saisi, s’est voulu digne à la sortie du tribunal : « C’était important que le tribunal reconnaisse la responsabilité partielle de Versailles »—même si c’est aussi la tête pleine de dettes, dont 420 000 euros à Sotheby’s et 530 000 euros à la famille Guerrand-Hermès, qu’il repart. Sans parler de la perte de son métier, « un coup dur » assure-t-il.
Epílogue : les leçons (amères) d’un scandale historique
Derrière ce procès hors norme, les passions ne retombent pas. Plusieurs enseignements :
- Le marché oublie vite les scandales, les faux continueront sans doute à circuler.
- Le château de Versailles se découvre fragile et peu armé pour l’avenir.
- La justice, en partageant billets d’amende, peines légères et responsabilités, laisse un parfum d’inachevé (façon Louis XV sans perruque).
En somme, si la leçon de cette affaire devait être retenue, c’est peut-être qu’à défaut d’avoir mis au placard la contrefaçon, elle a révélé combien la vigilance doit rester de mise, tant chez les experts que dans les institutions. Au royaume des sièges, gare à ne pas finir sur la sellette…













