SOS patrimonial dans le Gers ! Le château historique ayant appartenu aux célèbres frères Bogdanoff, figures hautes en couleur de la vulgarisation scientifique, menace aujourd’hui de s’effondrer. Entre patrimoine en péril, abandon criant et dangers très concrets, le village d’Esclignac retient son souffle.
Un joyau occitan au passé illustre… et à l’avenir incertain
Dans la commune de Monfort, au cœur du Gers, se dresse depuis 1032 un château rural aux charmes bucoliques, véritable chef-d’œuvre occitan composé de plusieurs bâtiments et petites maisons entremêlées. Ce monument n’est pas n’importe quel château : il fut la demeure des frères Igor et Grichka Bogdanoff, personnalités fascinantes tout droit sorties de la galaxie de la vulgarisation scientifique. En 1986, ils en avaient fait l’acquisition pour 280 000 euros. Rien que ça !
Ce château avait longtemps remporté les suffrages des défenseurs du patrimoine, au point d’être classé au patrimoine historique de la ville, sa conservation étant jugée impeccable durant de longues années. Et pourtant, l’irréparable est désormais en marche.
Le refus de vendre : la porte fermée à la restauration
Qui n’a jamais rêvé de posséder son propre château ? Mais voilà : de leur vivant, les frères Bogdanoff n’étaient pas prêts à céder leur précieux bien, même lorsque des acheteurs désireux de lui offrir une seconde jeunesse se sont manifestés. Parmi eux, Cédric Davant-Lannes, président de la Sauvegarde du patrimoine gascon, s’est montré particulièrement motivé. Il proposa jusqu’à 700 000 euros pour la reprise et la restauration du château d’Esclignac, animé par l’idée de le sauver d’un destin funeste. Peine perdue : proposition poliment mais fermement déclinée. On ne sépare pas un Bogdanoff de son château comme ça !
À la disparition soudaine des deux frères, survenue entre fin 2021 et début 2022, le château s’est retrouvé orphelin, et rien n’a été entrepris pour stopper sa lente descente aux enfers. Les héritiers, dépassés par l’ampleur des travaux et une taxe foncière plantureuse culminant à 30 000 euros, n’ont pas pu maintenir ni la rénovation ni l’entretien du site.
Un édifice en décomposition : l’alerte est donnée
Le temps, cet ennemi sournois, n’a pas tardé à faire des ravages. Voici ce qu’on trouve aujourd’hui dans les allées du château :
- Toiture éventrée, menaçant ruines à chaque bourrasque.
- Poutres de charpente écroulées, surtout dans les dépendances.
- Nombreuses vitres brisées, laissant passer courants d’air et inquiétude.
La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) a bien pris conscience du danger et inscrit récemment le château sur sa liste des « édifices protégés en souffrance ». En langage moins administratif, cela veut dire : attention, accès difficile, risques élevés, danger à l’approche…
Cédric Davant-Lannes, interrogé par Le Figaro, confie même que son propre cousin – demi-frère des Bogdanoff – habite toujours là. Inutile de préciser qu’il vit dangereusement : « Mon cousin risque d’être enseveli sous les décombres si la toiture tombe », alerte-t-il. Ambiance plutôt stressante pour prendre son café du matin !
Mais qui s’occupe de la situation ? D’après Cédric Davant-Lannes, personne : ni la famille, ni la mairie, ni le département du Gers, ni la DRAC. Il déplore que le château, pourtant symbole familial cher au cœur des Bogdanoff, soit aujourd’hui laissé à son sort.
Des habitants attristés, une image ternie et une issue incertaine
Autrefois fierté locale, le château fait aujourd’hui « tache » dans le paysage, jugent nombre d’habitants. Voir ce joyau se dégrader jour après jour les peine et nuit à l’image de leur ville. La cloche de la chapelle, autrefois symbole de festivités et de rassemblements, ne peut même plus être actionnée sans risque qu’elle ne finisse – elle aussi – par terre.
Malgré ces difficultés, le château a ouvert ses portes lors des Journées du patrimoine, attirant quelque 3 000 visiteurs. Mais le chiffre n’efface pas la réalité : sans fonds, tout projet de rénovation semble illusoire.
Le patrimoine n’est éternel que si l’on s’en occupe. Et si la science a parfois ses mystères, le message est ici limpide : quand un monument vacille, il est temps d’agir, sous peine de voir un pan d’histoire s’envoler en poussière… et une famille (et un village !) pleurer sur des décombres.













