Le golfe de Gascogne n’a pas seulement secoué la flotte de la Transat Café l’Or : il a aussi généré une tempête… médiatique. Au centre du tourbillon, deux marins belges bouleversés, une voile en lambeaux et la Marine nationale qui défend farouchement ses manœuvres. Mais alors : que s’est-il vraiment passé dans les cieux basques ?
Un survol qui fait des vagues
Tout débute mercredi, quand une vidéo postée par les skippers belges du voilier « Innovad Group – XLG » explose sur les réseaux sociaux et émeut la communauté nautique. Les images montrent les marins, la voix nouée et les larmes aux yeux, expliquant que leur bateau a brutalement « loffé » – c’est-à-dire remonté face au vent – juste après le passage tonitruant d’un avion. Résultat immédiat : une chute soudaine puis la déchirure totale du spi, cette grande voile si précieuse en transatlantique. L’histoire fait mouche et s’invite vite dans les médias.
Deux récits, une vérité en attente
Dès le lendemain, la Marine nationale sort de sa réserve : l’appareil pointé du doigt est identifié comme un Falcon 50, alors en mission d’identification suite à un écho radar dépourvu d’AIS (le sésame électronique des navigateurs). Sa version ? Un vol parfaitement réglementaire, 200 mètres sur le côté du navire – « latéralement », insistent-ils. L’équipage du Falcon dit avoir aperçu le Class40 déjà incliné, porté par sa voile, bien avant de survoler la zone. Bref, circulez, il n’y aurait (presque) rien à voir.
De leur côté, les skippers belges persistent et signent. Selon eux, l’avion aurait volé si bas – entre 50 et 60 mètres d’après Caroline Dieu – qu’il aurait déclenché, par effet de souffle ou surprise, la manœuvre fatale. Jérôme Delire précise : « Nous n’avons plus d’aérien en tête de mât » – autrement dit, les instruments pour mesurer vent et direction sont hors service, rendant la suite de la course très compliquée.
La bataille des preuves et des versions
- Caroline Dieu reconnaît le professionnalisme de la Marine en matière de sauvetage mais rappelle qu’« identifier, oui, mais pas au détriment de la sécurité d’autrui ». Elle ose même : « Pour moi, le pilote a fait une bourde », tout en concédant n’avoir aucune preuve matérielle.
- La Marine, elle, martèle la distance réglementaire et la procédure standard. D’autres skippers contactés jugent hautement improbable qu’un avion, même motivé, puisse générer une onde susceptible de faire « exploser » un spi.
- Côté éléments tangibles ? Aucun cliché ou vidéo n’établit la proximité exacte de l’appareil. Les 200 mètres latéraux avancés par la Marine restent invérifiables sans investigation plus poussée.
Dans l’immédiat, tout se joue donc sur des paroles et des ressentis. Les organisateurs, réfugiés derrière leur chronomètre (Covid oblige, le calendrier ne tolère pas les fausses notes), ne se prononcent pas tant que matériaux, expertises et échanges officiels n’apportent pas d’éclaircissement.
Vers un verdict ou une relance ?
Arrivés hors délai à La Corogne – où la flotte s’est réfugiée pour esquiver une dépression carabinée –, les deux marins belges doivent maintenant réparer ou trouver une solution alternative pour espérer repartir. La ligne reste ouverte soixante-douze heures : course contre la montre, mais si l’instrumentation n’est pas opérationnelle, ce serait du grand large au « pifomètre »… pas vraiment recommandé sur l’Atlantique.
Pour l’instant, donc :
- Deux versions fermement ancrées, l’une dans la détresse vécue, l’autre dans la rigueur de la procédure.
- Un débat technique, où l’aéro-hydrodynamique divise même les professionnels.
- Aucune preuve décisive (trajectoires, logs de bord, témoignages croisés pourraient venir donner du grain à moudre, si jamais ils émergent).
- La priorité reste sportive : remise en état, sécurité et possible départ différé.
Lequel des deux camps aura le dernier mot ? La vérité navigue quelque part entre ciel et mer, à moins qu’un nouvel élément ne vienne mettre tout le monde d’accord. D’ici là, souhaitons à l’équipage belge que le moral, au moins, tienne bon : en mer comme à terre, le vrai cap reste à trouver.













