Dans la nuit du 29 avril, un drame hors du commun frappe la ferme du Pontot, à Gevrey-Chambertin (Côte-d’Or). Non, ce n’est pas un renard – ni même la grippe aviaire – qui a décimé le cheptel : le coupable est un visiteur bien plus inattendu et… majestueux. Près de 800 poules sont mortes, emportant avec elles une tranche de l’histoire de cette exploitation familiale fondée en 1985. Récit d’une nuit blanche et de ses lourdes conséquences, vécues de l’intérieur par des éleveurs abasourdis.
Un prédateur spectaculaire fait irruption
Lundi 29 avril restera gravé dans la mémoire de Philippe Plançon et de son frère, gérants de la ferme. En plus de 30 ans de carrière, jamais ils n’avaient vu pareil désastre. Ce soir-là, un hibou grand-duc, espèce rare et protégée en France depuis 1981, trouve le chemin d’une trappe restée ouverte et s’invite dans le poulailler.
- Intrus nocturne identifié : un hibou grand-duc, le plus grand des rapaces nocturnes, mesurant près de 70 centimètres de haut;
- Entrée discrète par une trappe;
- Un oiseau qui impressionne par sa taille et son allure, au point que le frère de Philippe le confond d’abord avec une buse.
Face à cet invité imposant, la famille improvise : « On ne savait pas quoi faire, alors on l’a laissé. Ça fait un peu peur, ça a l’air méchant et ce n’est pas petit », confie Philippe Plançon. « Le lendemain, on a rouvert les grandes portes et on a fait du bruit pour le faire partir. »
Des poules terrorisées, un bilan sans précédent
Ce n’est que le lendemain matin que l’ampleur de la catastrophe se dévoile. Ce n’est pas l’attaque directe d’un prédateur qui est responsable du massacre, mais bien la panique provoquée chez les poules. Affolées, elles se sont entassées dans deux coins du poulailler… au point de s’étouffer les unes les autres.
Philippe Plançon n’en revient toujours pas : « Quand on a vu le tas de poules dans les coins… Je n’avais jamais vu ça. Même avec un renard, il n’y a pas autant de pertes. » Le compte est sans appel : 800 poules mortes en une seule nuit, sur les 4 500 que compte habituellement l’exploitation.
Conséquences économiques et organisationnelles
La tragédie bouleverse le quotidien de la ferme du Pontot. Premier nuage à l’horizon : la production d’œufs chute brusquement. Les poules survivantes, traumatisées par la visite impromptue du rapace, cessent de pondre durant plusieurs jours. « La ponte commence à reprendre », constate Philippe, mais la crainte d’un nouvel incident demeure palpable : « Ça nous stresse. Je ne sais pas si je vais mettre des moyens. On ne peut rien faire face à ça, à moins d’ouvrir un peu moins les trappes pour qu’il y ait juste assez pour qu’une poule passe. »
Ralentir l’activité s’impose donc comme une évidence. « On va quand même s’en sortir. Le plus gros souci, c’est la gestion de la quantité d’œufs. Je vais donc un peu limiter les ventes. Je garde les poules que je comptais vendre », détaille Philippe. Non seulement la production baisse, mais la perte financière directe est elle aussi colossale :
- Prix moyen d’une poule : environ six euros
- Pertes liées aux décès : près de 4 800 euros
Et comme une tuile n’arrive jamais seule, l’assurance n’interviendra pas. « On ne sera pas remboursé, parce que ce n’est pas courant. Il faut que ce soit une assurance « risque d’élevage ». Ce n’est pas quelque chose qu’on a couramment chez les poules pondeuses, mais plutôt dans les élevages de poulet. »
Un rapace protégé… et imprévisible
Le hibou grand-duc, vedette involontaire de cette sombre histoire, est le plus grand rapace nocturne d’Europe – visible partout, sauf sur les îles Britanniques. Majestueux ou non, sa visite s’est soldée par un désastre pour la ferme du Pontot. Reste désormais à espérer que la cohabitation entre espèces saura, à l’avenir, éviter ces tragédies impensables.
Conseil du jour : si vous tenez à vos poules, surveillez vos trappes… et jetez un œil au plafond avant de crier au renard !













