On savait déjà que les tiques pouvaient transmettre des maladies par leurs piqûres, mais l’idée que cela puisse passer… par un fromage, voilà qui peut surprendre. Et pourtant, les experts alertent : certains produits laitiers au lait cru pourraient véhiculer un virus peu connu mais potentiellement grave, celui de l’encéphalite à tiques.
Quand le fromage devient un vecteur
En France, 71 cas d’encéphalite à tiques ont été recensés entre 2021 et 2023. La plupart du temps, l’infection passe inaperçue. Mais dans 10 à 30 % des cas, les malades développent des symptômes proches d’un gros coup de grippe : fièvre, fatigue, maux de tête. Le problème, c’est que jusqu’à 40 % des personnes symptomatiques présentent des complications neurologiques, parfois durables, comme l’indique l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
Le mécanisme est assez simple : une tique infectée pique une chèvre ou une brebis. Le virus passe dans le lait cru pendant une courte période, avant que l’animal développe ses propres défenses immunitaires. Résultat : les fromages ou produits laitiers fabriqués sans pasteurisation peuvent devenir des vecteurs de transmission.
Des régions plus exposées que d’autres
Toutes les zones ne sont pas concernées de la même manière. En France, la région Auvergne-Rhône-Alpes figure parmi les plus touchées. La raison ? Un climat favorable aux tiques, une forte présence d’élevages caprins en plein air, et des pâturages souvent proches des bois. C’est dans ces environnements que le risque augmente.
Mais le phénomène ne s’arrête pas aux frontières françaises. Plusieurs pays d’Europe centrale et de l’Est observent une hausse des cas d’encéphalite à tiques, et les chercheurs soulignent le rôle du réchauffement climatique, qui étend progressivement les zones propices à la prolifération de ces parasites.
Comment réduire les risques
Pour les éleveurs, la prévention passe par des mesures simples : clôturer les pâtures, éviter de laisser les animaux trop près des zones boisées, ou encore pratiquer une rotation des pâturages pour limiter l’exposition. Dans les zones où le virus circule activement, la pasteurisation du lait est fortement recommandée.
Du côté des consommateurs, le réflexe est clair : privilégier les fromages pasteurisés dans les régions à risque. Ce geste réduit considérablement les probabilités de contamination.
Des précautions aussi pour les promeneurs
Même si le risque alimentaire existe, la piqûre de tique reste le mode de transmission le plus fréquent. Les médecins rappellent donc quelques règles de base : porter des vêtements longs lors des balades en forêt, utiliser des répulsifs cutanés, et inspecter la peau après chaque sortie en zone herbeuse.
Enfin, il existe un vaccin contre l’encéphalite à tiques, recommandé notamment aux travailleurs forestiers, aux éleveurs ou aux personnes pratiquant des activités de plein air régulières dans les zones où le virus circule.
En clair, si savourer un fromage fermier reste un plaisir bien ancré dans nos habitudes, il est utile de rappeler que la vigilance ne se limite pas aux piqûres. Le lait cru et ses dérivés peuvent, eux aussi, devenir un vecteur invisible de ce virus rare.













